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Sempai Kôhai -par Bruno VICAIRE

25 janvier 2011 1 commentaire

Chers amis, avec l’aimable autorisation de Bruno VICAIRE, je réédite ici un texte datant du 25 mai 2004 autour du sujet SEMPAI-KOHAI. Ce texte a presque sept ans et sera très certainement complété grâce à l’expérience, la maturité et la compréhension acquises depuis par Bruno. Bonne lecture, amitiés Jean AUGIER

‘Savoir jusqu’où il ne faut pas aller trop loin’

Pratiquant un art martial, tout un chacun est censé avoir une approche, une vague connaissance de cette notion « Senpai-Kôhai ». Simplement parce qu’il apparaît qu’aujourd’hui elle est de plus en plus vague dans la tête des pratiquants, je souhaite mettre noir sur blanc une approche, que j’espère être la plus exhaustive, de cette notion.
Considérons tout d’abord que la pratique d’un art martial japonais dans un univers européen amène une opposition ipso facto, qui si on n’y prend garde, peut empêcher notre progression dans la technique. Cette opposition est d’ordre culturel. Le fondement de la société japonaise est le groupe, celui de la société européenne est l’individu.
Prenant des cours au Japon, prenant des cours enseignés à la japonaise, enseignant à la japonaise, le modus operandi devient le mode japonais. En conséquence de quoi, vis-à-vis du Ninjutsu / Budô Taijutsu / Ninpô dont nous tentons de suivre la voie, la considération du groupe prend le pas sur la notion de l’individu.
Les individus pratiquants s’inscrivent donc dans un groupe, dont l’évolution n’est possible que suivant cette notion de Senpai-Kôhai, naturelle pour un japonais, beaucoup moins évidente pour un européen. Pour une image plus conviviale de la notion de groupe, regardez de nouveau le film ‘Fourmiz’…
« Docteur, j’ai l’impression de n’être rien… Bravo Zed, vous faites des progrès, vous n’êtes rien, la colonie est tout… » Fourmiz
Nous évoluons donc, pour notre progression martiale, dans une mentalité japonaise fondée sur le groupe. Nous pouvons maintenant nous pencher sur ce que sont le Senpai et le Kôhai.
L’ancien et le novice. L’interaction entre les deux donne la notion de Senpai – Kôhai. De quel type est cette notion.Dans quel cadre est cette notion. Un cadre flou non contraignant, ou bien un ordonnancement un peu plus strict ?
Le japonais, de par son histoire culturelle, va définir cette notion comme étant une relation. Cette relation est pour lui un cadre très fort, il n’est pas question de désobéir à une demande de son Senpai. Il va le servir, c’est, pour lui, dans la norme des choses, le Senpai est son modèle, sur lequel il doit conformer son attitude et son comportement, celui qui connaît bien mieux que lui le système dans lequel il évolue. Une relation d’où il n’est admis aucun écart, il peut être dit que pour un esprit occidental, il s’agit d’une Loi. Je préfère parler de la Loi de la Relation Senpai-Kôhai. C’est une Loi qui a des bords souples, qui admet la flexibilité, sur une base fixée par le Senpai et/ou la situation. Un peu comme si il fallait s’adapter à chaque instant. Pour des pratiquants, c’est là chose habituelle, une gymnastique intellectuelle qui ne doit poser aucun problème…
« Senpai et Kôhai ? Une Loi Relationnelle ! » Selon l’acception japonaise, la Loi Relationnelle Senpai-Kôhai est lourde à tout point de vue.
Le Senpai est plus ancien dans le dôjô (école, entreprise, université, association, il en va de même pour les japonais, c’est un fondement culturel)[la répétition est une des bases de l’enseignement]. À ce titre, il est censé connaître les ficelles, les règles, écrites ou non, montrer l’exemple au Kôhai. Il doit être un modèle martial et de comportement (pour les mono-neuronaux amyélinique, à la fois pour les techniques et l’attitude – ie le kamae, mais c’est un autre sujet -).
L’attitude d’un Kôhai envers son Senpai est fondée, caractérisée par la formalité, l’obéissance et la confiance. Au Japon, le Kôhai doit toujours s’incliner devant son Senpai et utiliser le « Keigo » pour lui parler (phrasé poli pour montrer la déférence). Le Kôhai est entraîné à servir son Senpai comme dans un système hiérarchique militaire. Rejeter l’ordre d’un Senpai est considéré comme une impolitesse, une insulte, et comme faisant une rupture dans l’harmonie du groupe. Ce qui n’est pas concevable dans la société japonaise. Donc sur le tatami, puisque le système japonais y est appliqué, ainsi que nous l’avons posé plus haut.
Le système est très comparable à une hiérarchie militaire (si il y en a qui ne sont pas d’accord, je leur demanderais simplement de relire la définition du Bû 武 : militaire). Donc la subordination est basée sur la confiance et le respect, car le supérieur s’il reçoit le respect de ses subordonnés, reçoit aussi les complications dues à leur comportement. En clair, le comportement répréhensible du Kôhai sera reproché au Senpai qui en supportera les conséquences.
« Senpai et Kôhai ont un respect mutuel & réciproque »
Au Japon, comme sur le tatami, votre attitude si elle répréhensible, sera reprochée à vos Senpai, en commençant par le sommet de la pyramide. Pourquoi ? Simplement parce que si le Kôhai a pu commettre un impair, c’est que son Senpai ne l’avait pas correctement formé, instruit. Sa responsabilité est mise en jeu. La Loi Relationnelle Senpai – Kôhai n’est pas une question de choix, elle existe indépendamment de votre volonté. Il n’y a pas d’autre moyen envisagé (parce que culturel) pour que vous compreniez ce que sont les arts martiaux.
« La Loi Relationnelle Senpai – Kôhai est une hiérarchie militaire ! »
C’est à ce point que la Loi Relationnelle Senpai – Kôhai concernant deux individus rejoint la notion de groupe. Les reproches, conséquences des agissements d’un individu sont reprochables au groupe entier. Le groupe étant représenté par le sommet hiérarchique de la pyramide, c’est lui qui va en supporter les conséquences. Libre à lui de faire redescendre ou non la remontrance. (Qu’il choisisse de ne pas le faire ne devrait être qu’un cas de figure académique…)
Ainsi, un pratiquant, arrivant en retard à un cours, manque de respect au professeur qui donne ce cours. Sur son propre terrain on pourrait éventuellement comprendre que le professeur n’y porte pas son attention, de manière volontaire, pour des raisons indépendantes de la volonté de l’élève, telles les raisons à caractère professionnel. Si le pratiquant est en déplacement (au hasard au Japon), qu’il a entrepris dans le but premier sinon unique de s’entraîner, le manque de respect devient flagrant. Si en plus le retard est dû à des agissements personnels – pour ne pas dire égocentriques – d’aller se promener ad perso sans permettre à son Senpai de lui donner les directives pour ne pas être en retard et ne pas commettre d’impair, alors il s’agit d’une faute, dont le représentant du groupe subira les conséquences, qui ne seront certainement pas perceptibles au Kôhai. Un tel comportement d’un Kôhai est une aberration qui ne devrait pas être.
Si à ce point vous n’avez pas compris en quoi le Kôhai a commis une faute, je vous suggère de relire plus haut la notion de groupe et d’individu.
Le respect est ainsi à double sens. D’autant qu’un Senpaî n’est jamais qu’un Kôhai qui a écouté son propre Senpai et qui a appris à apprendre des erreurs de ses Kôhai. C’est souvent pour cela qu’un Senpai va être compréhensif envers un Kôhai, mais il ne doit pas être condescendant, ni coulant.
La Loi Relationnelle Senpai – Kôhai est à mon sens fondée sur le respect mais aussi sur le dialogue. Par expérience, je vois trop souvent des Kôhai discuter entre eux, et trop rarement s’adresser à leur Senpai. Ce type de comportement donne immanquablement des conflits.
Je voudrais ici énoncer des remarques qui pourront sans doute aider :
- Votre Senpai a raison. Pour un japonais, le mantra du Kôhai est « c’est mon Senpai, qu’il ait raison ou non ! » – Vous pouvez toujours trouver un Senpai pour lequel vous avez le plus d’affinités, et avec qui le dialogue sera plus aisé.
- Vous pouvez dialoguer avec n’importe quel Senpai, ils seront très souvent ouverts et à votre écoute pour peu que vous sollicitiez leur attention de manière normale et respectueuse. – Le but de votre Senpai est de partager la passion des arts martiaux avec vous Kôhai. – Le Kôhai est taillable et corvéable à merci du moment qu’il a accepté la relation et que ce soit dans le but unique et non équivoque de sa progression martiale (ou personnelle selon la relation qui a été posée au préalable entre le Senpai et le Kôhai).
- Votre Senpai a raison, surtout si c’est le Senpai de votre Senpai.
Nous sommes des êtres humains. Et en tant que tels, nous pouvons, et nous ferons des erreurs. Ce n’est pas grave. Cette suite d’échecs nous conduira à la réussite (cf. L’Échec est le fondement de la réussite par Arnaud Cousergue). Mais là encore l’analogie de la hiérarchie militaire se rappelle à nous. Si il n’est pas grave et normal de faire des erreurs, il faut aussi en supporter les conséquences. Or les conséquences seront tout d’abord supportées par nos Senpai, il ne faut donc pas s’étonner, mais accepter de recevoir des remontrances de nos Senpai. C’est douloureux et désagréable, mais c’est l’une des rares manières d’apprendre vite.
 » C’est une loi : souffrir pour comprendre.  » Eschyle
En résumé, la Loi Relationnelle Senpai – Kôhai est basée sur la confiance et le respect mutuel. Il vous appartient de découvrir, ressentir à quel moment vous risquez de dépasser les bornes et de ne pas franchir cette limite.
‘Savoir jusqu’où il ne faut pas aller trop loin !’

Bruno Vicaire

L’exercice de l’autorité

Chers amis, j’inaugure aujourd’hui une nouvelle rubrique dédiée à  l’exercice de l’autorité.

Mes sources sont simples et claires : la formation dispensée dans l’armée de Terre et à Saint-Cyr en particulier éclairée par mon expérience du commandement et de la pratique martiale. Quelques lectures aussi… Sans me placer en donneur de leçons, j’estime utile de faire partager ce que j’ai pu recevoir dans ce domaine.

 

Pourquoi s’attaquer à un tel sujet dans le cadre des arts martiaux et du Bujinkan ?

1)      KOHAI-SEMPAI

La première réponse découle de la règle Kohaï-Sempaï en vigueur dans le Bujinkan.

Pour simplifier, le Sempaï est celui qui a commencé avant, l’ancien en quelque sorte et le Kohaï est celui qui a commencé après, le jeune. Cette règle asiatique est basée d’une part sur l’expérience et le chemin parcouru et d’autre part sur le double rapport d’obéissance et de responsabilité. On trouve un corollaire dans l’armée française «  il n’y a sans doute pas de plus belle tradition dans notre armée que celle qui consiste pour l’ancien à instruire, éduquer et transmettre au plus jeune » (je m’inspire en cela des propos du Général Pierre CHAVANCY, un de mes anciens chefs).

Par le rapport d’autorité qui existe par nature dans cette hiérarchie, il me paraît donc indispensable de s’attacher à former chaque futur Sempaï à son exercice.

2)      Et donc le lien Professeur Elève

Si la règle Kohaï Sempai est déjà forte, le lien d’autorité est nécessairement encore plus fort entre l’élève et le professeur, le maître. Le professeur y est donc forcément intéressé. Quelques adages aident aussi à se positionner : « commander comme vous voudriez être commandé », « pour bien savoir commander, il faut savoir bien obéir ». Or, chacun est élève, même les professeurs… Et réciproquement, il est une vertu pour les élèves à savoir comment on commande.

De surcroît, cette formation à l’exercice de l’autorité rend l’élève (et le Kohaï en général) plus exigeant, plus critique et par conséquent, les professeurs doivent mieux savoir se positionner, avoir une meilleure attitude. Il apparaît donc vertueux d’aborder ce sujet au sein du Bujinkan.

3)      Enfin, l’Homme

Si l’un des buts poursuivis par HATSUMI Sensei est bien la promotion de l’Homme (ou la Femme, comprenons nous bien) qui est en chacun par la voie du Guerrier, il ne faut pas oublier que ce même Homme est un  « animal social » ou « politique ». Comme dans chaque société humaine, à commencer par la famille, on trouve une relation d’autorité, il est indispensable de ne pas négliger cet aspect.

Cette rubrique répond bien à un aspect essentiel de la formation martiale de notre dôjô. Espérons qu’elle suscitera une réflexion féconde entre nous.

Chaleureusement, Jean AUGIER

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